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« Fragmentable » : autopsie poétique d’une société segmentée

  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

Avec « Fragmentable », Richthi propose bien davantage qu’un simple single synth-pop. Il construit un diagnostic culturel. À travers une écriture structurée, presque méthodique, il observe une mutation : celle d’un monde qui ne se pense plus comme un tout, mais comme un ensemble de segments à gérer.


Le titre n’est pas choisi pour son esthétique sonore, mais pour sa puissance conceptuelle. Fragmentable désigne ce qui peut être divisé, découpé, reconfiguré. L’artiste applique ce terme à une nation, à une société, à une génération.


Une nostalgie structurante


Le premier couplet installe une rupture temporelle. L’enfance est associée à la lisibilité, à la stabilité, à une architecture morale compréhensible. Il ne s’agit pas d’un discours idéalisant le passé de manière naïve, mais d’un contraste narratif.

Lorsque Richthi écrit :


« Quand j’étais gosse, le monde paraissait lisible »

il pose un point d’ancrage. Le monde était interprétable. Les règles semblaient cohérentes. La collectivité possédait un cap identifiable.


La suite démontre l’effritement de cette cohérence : la vérité devient négociable, les promesses changent de forme, les valeurs sont rendues optionnelles . Ce champ lexical n’est pas anodin. Il reflète une logique transactionnelle qui s’impose à des sphères autrefois symboliques.


Le langage comme symptôme


L’un des aspects les plus marquants du morceau réside dans l’accumulation de termes en -able et -ible : modulables, paramétrables, segmentables, quantifiables.

Ce procédé est revendiqué par l’artiste :

« Le choix des rimes en -able et en -ible vient directement du langage administratif […] »

Il s’agit d’un détournement stylistique. Le lexique de la gestion, de l’ingénierie et de l’optimisation pénètre le domaine de l’intime. L’humain devient configurable. La société devient reconfigurable.


Cette répétition produit un effet mécanique. Elle crée une sensation d’automatisation. Le texte lui-même semble soumis à la logique qu’il critique.


La gouvernance par morceaux


Richthi explique que le mot « Fragmentable » évoque la segmentation des êtres et de la société .


Dans cette perspective, le corps social n’est plus envisagé comme une unité organique, mais comme un ensemble de données exploitables. Les individus deviennent des catégories. Les colères deviennent récupérables. Les mémoires deviennent supprimables .


La critique ne vise pas un acteur précis. Elle interroge un système diffus, technologique et culturel. C’est une critique structurelle plutôt qu’idéologique.


Synth-pop et paradoxe technologique


Le choix d’une esthétique synth-pop inspirée des années 80 participe au propos. Ce style repose sur des instruments électroniques programmables. L’artiste souligne lui-même le paradoxe : utiliser des machines pour parler de ce qui ne devrait jamais devenir une machine .


La texture sonore, froide et régulière, renforce la thématique. Elle évoque la programmation, la répétition, la standardisation. Pourtant, l’émotion reste présente. Ce contraste crée une tension esthétique cohérente avec le fond du message.


Transmission contre consommation


Le pont constitue un pivot narratif. Il ne s’agit plus seulement d’observer une dégradation, mais d’introduire une valeur : la transmission.

« Mais bâtir quelque chose de transmissible »

Selon Richthi, fragmenter revient à couper le fil de ce qui se transmet . Lorsque tout devient remplaçable, la continuité se fragilise. La mémoire devient un poids. La profondeur humaine est simplifiée pour mieux entrer dans un système.


La chanson n’est pas un rejet du progrès. L’artiste le précise explicitement . Le risque identifié concerne la réduction de l’humain à une fonction.

Une question laissée ouverte


Le refrain s’adresse directement à la France :

« Dis-moi France, comment tu t’es laissée fragmentable »

Cette interpellation n’est pas un slogan. C’est une interrogation. Elle suppose une part de responsabilité collective. Elle invite à réfléchir plutôt qu’à réagir.


Écouter et découvrir



🎧 « Fragmentable » :

🔎 Univers de Richthi :

Conclusion


« Fragmentable » fonctionne comme une métaphore contemporaine : celle d’une société qui optimise au risque de désintégrer.


Le morceau ne propose pas une solution politique. Il propose un cadre de réflexion.

À travers un vocabulaire technique appliqué à l’humain, Richthi pose une question essentielle : que reste-t-il d’un corps commun lorsque tout devient segmentable ?

 
 
 

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